Family office et EAF en Espagne : l’activité réservée comme ligne de partage
En Espagne, il n’existe pas d’« agrément de family office » : le bureau familial n’est pas une catégorie réglementée, mais une manière d’organiser des patrimoines. Ce qui existe, en revanche, c’est une activité réservée : la loi 6/2023 du 17 mars réserve les services d’investissement —dont le conseil en investissement— aux entités agréées et supervisées par la CNMV. C’est pourquoi la bonne question n’est jamais « les family offices ont-ils besoin d’un agrément ? », mais « que fait exactement ce family office, pour qui et en échange de quoi ? ». La réponse place chaque bureau d’un côté ou de l’autre de la ligne.
Patrimoine propre : le territoire libre
Investir son propre argent n’est pas un service d’investissement : c’est la position de tout investisseur. Un single family office qui administre le patrimoine d’une famille par l’intermédiaire de ses sociétés —en recourant à des banques, des sociétés de gestion ou des conseillers externes agréés quand il en a besoin— reste, en règle générale, en dehors du périmètre d’agrément. Son défi juridique est autre : structure sociétaire, gouvernance, pacte familial et fiscalité, que nous traitons dans family office en Espagne. La condition de ce territoire libre est exigeante dans sa simplicité : ne pas fournir de services d’investissement à des tiers.
Les tiers : là où naît l’activité réservée
La frontière est franchie lorsque le bureau commence à émettre des recommandations personnalisées sur des instruments financiers précis à des personnes extérieures au patrimoine familial. Les indices qui pèsent le plus sont la personnalisation de la recommandation, la rémunération du service, son caractère habituel et la présentation au marché. Aucune étiquette —« club d’investissement », « accompagnement patrimonial », « consulting »— ne neutralise l’activité réservée si la substance est du conseil. Fournir le service sans agrément constitue une infraction très grave, avec amendes, blâme public et possibles interdictions d’exercer dans les termes de la réglementation. La cartographie détaillée de ce qui reste libre se trouve dans peut-on conseiller sans agrément ?
Le multi-family office : la structure selon le service
Le multi-family office est, par construction, un prestataire de services à des tiers, et son cadrage dépend du service dominant. S’il recommande et que les familles décident, la structure naturelle est l’EAF, avec un capital initial de 75 000 € et la supervision de la CNMV. S’il décide dans le cadre d’un mandat, il s’agit de gestion discrétionnaire de portefeuilles et des structures habilitées à l’exercer, comme la société de gestion de portefeuille. Et s’il canalise des investissements collectifs par des véhicules, les régimes des sociétés de gestion entrent en jeu. Un même MFO peut combiner plusieurs services : le programme d’activités doit tous les refléter.
S’institutionnaliser : coût et retour de l’agrément
Régulariser un MFO a un coût —capital, dossier, conformité MiFID II, adhésion au FOGAIN, reporting continu— et un retour : sécurité juridique pour les associés et administrateurs, capacité d’attirer de nouvelles familles sans plafond légal et une crédibilité institutionnelle qui ouvre des portes auprès des banques, des sociétés de gestion et des co-investisseurs. La procédure devant la CNMV est tranchée, en règle générale, dans un délai pouvant aller jusqu’à 6 mois à compter du moment où le dossier est complet. Le parcours opérationnel complet se trouve dans comment créer une EAF et la vie après l’agrément, dans obligations d’une EAF.
Loi 6/2023
Activité réservée
MiFID II
CNMV
EAF
Multi-family office
Décret royal 813/2023