Conseiller en investissement sans agrément : la frontière légale, les conséquences et les alternatives
« Puis-je conseiller en investissement sans être EAF ? » est probablement la question que nous recevons le plus de la part de professionnels, de créateurs de contenu et de fondateurs digitaux. Une réponse sérieuse exige de la précision : le conseil en investissement — la recommandation personnalisée portant sur des instruments financiers précis — est un service d’investissement soumis à l’activité réservée en vertu de la loi 6/2023, et le fournir sans autorisation de la CNMV constitue une infraction très grave. Mais autour de ce noyau réservé existe un espace large et parfaitement légal : formation, analyse générique et information objective. Tout se joue dans la capacité à les distinguer.
Ce qui est (et n’est pas) du conseil en investissement
Il y a conseil lorsque trois éléments sont réunis : une recommandation (et non une simple information), personnalisée (adressée à une personne déterminée en raison de sa situation ou présentée comme adaptée à elle) et portant sur des instruments financiers précis (et non des classes d’actifs dans l’abstrait). Sont donc exclus la formation financière avec des exemples génériques, les analyses et contenus diffusés au grand public et l’information objective sur les caractéristiques des produits sans jugement d’adéquation. Celui qui conseille réellement est soumis à MiFID II, à commencer par le test d’adéquation de l’art. 25 avant chaque recommandation.
L’activité réservée et ce que vous risquez en l’ignorant
La loi 6/2023 réserve les services d’investissement aux entités agréées. Exercer le conseil sans agrément est une infraction très grave, avec un régime de sanctions qui prévoit, selon le cas, des amendes, un blâme public et des interdictions d’exercer, ainsi que les avertissements publics de la CNMV sur les entités non agréées — le redouté « chiringuito » désigné nommément —. À la voie administrative s’ajoutent l’exposition civile face à ceux qui ont suivi vos recommandations et perdu de l’argent, et un handicap de réputation qui complique toute autorisation future. Le détail du régime disciplinaire figure dans sanctions de la CNMV.
Le plan parallèle : MAR, publicité et finfluenceurs
Ne pas avoir besoin d’agrément ne signifie pas opérer sans règles. Les recommandations sur des valeurs diffusées au public peuvent être des recommandations d’investissement au sens de l’art. 20 du règlement (UE) 596/2014 (MAR), avec des obligations d’objectivité et de déclaration des conflits d’intérêts ; et la promotion de produits d’investissement est soumise à la réglementation de la publicité, avec la circulaire 2/2020 de la CNMV comme référence. En juin 2026, la CNMV a publié des guides spécifiques sur les finfluenceurs et à leur intention, délimitant communication publicitaire, recommandation d’investissement et conseil : lecture obligatoire pour qui monétise une audience financière.
Trois alternatives légales pour bâtir votre activité
Quiconque veut vivre d’orienter des investisseurs dispose de trois voies saines. D’abord, le contenu générique : formation et analyse non personnalisées, avec un protocole éditorial qui maintient la frontière. Ensuite, devenir agent d’une entité agréée : opérer pour le compte d’une ESI sous son agrément et sa supervision, inscrit aux registres officiels (nous l’expliquons dans agent lié). Enfin, l’agrément propre : EAFN pour conseiller uniquement en Espagne — capital de 50 000 € ou assurance de RC professionnelle — ou EAF avec passeport européen — 75 000 € —, toutes deux autorisées par la CNMV avec un délai général pouvant aller jusqu’à 6 mois une fois le dossier complet. Le parcours figure dans comment créer une EAF.
Loi 6/2023
MiFID II
Activité réservée
CNMV
MAR
EAFN
Agent lié