Euro numérique : cadre réglementaire et état du projet
Pourquoi ce projet existe
Le point de départ est un constat : le paiement en espèces perd du terrain et, dans l’environnement numérique, il n’existe aujourd’hui aucun moyen de paiement qui soit de la monnaie de banque centrale. Tout ce que nous utilisons — cartes, virements, portefeuilles — est de la monnaie de banque commerciale ou d’émetteur privé, et une bonne partie de l’infrastructure qui la soutient appartient à des acteurs non européens. L’euro numérique répond à ce double problème : maintenir l’ancrage monétaire public dans l’environnement numérique et renforcer l’autonomie des paiements européens. La proposition qui l’organise est le COM(2023) 369, présenté par la Commission en juin 2023.
L’architecture juridique en quatre articles
S’il fallait réduire la proposition à ses choix structurants, il y en aurait quatre. L’article 7 confère le cours légal, avec des exceptions à l’obligation d’acceptation pour les microentreprises, les organismes à but non lucratif et les activités exclusivement personnelles ou domestiques. Les articles 13 et 14 organisent la distribution : ils habilitent tous les prestataires de services de paiement et obligent les établissements de crédit à fournir les services de base. L’article 16 habilite la BCE à fixer des plafonds de détention et écarte la rémunération. Et l’article 17 plafonne les commissions d’interchange. Presque tout ce qu’une entité doit savoir pour décider de sa position se trouve dans ces quatre articles.
L’équilibre avec le système bancaire
La combinaison du plafond de détention et de l’absence de rémunération n’est pas fortuite. Un moyen de paiement qui ne verse pas d’intérêts et dont le solde est plafonné est, par conception, un moyen de paiement et non un dépôt alternatif. Sans ces deux restrictions, en cas de tension financière, l’incitation à transférer des soldes des banques commerciales vers la banque centrale pourrait amplifier la tension elle-même. Le plafond fonctionne comme un pare-feu. Il faut insister sur le fait que la BCE n’a publié aucun chiffre : la proposition ne contient que l’habilitation.
Ce qui change pour une entité assujettie
L’euro numérique ne crée pas un régime de lutte contre le blanchiment parallèle : il s’intègre dans le régime existant. Le prestataire de services de paiement conserve la relation avec le client et, avec elle, les mesures de vigilance, l’identification du bénéficiaire effectif et l’obligation de déclarer les opérations suspectes. La particularité tient au mode hors ligne, dont la confidentialité similaire à celle des espèces réduit la portée du suivi transactionnel a posteriori et déplace le poids des contrôles vers les moments de chargement et de déchargement des soldes. C’est la même logique que celle déjà appliquée à d’autres instruments à risque limité.
Le calendrier et ce qu’il exige dès aujourd’hui
La Banque centrale européenne prévoit un exercice pilote au second semestre 2027, d’une durée de douze mois, et une éventuelle première émission en 2029, subordonnée à l’adoption du règlement par les colégislateurs avant fin 2026. La BCE souligne elle-même que la décision d’émettre ou non ne sera envisagée qu’une fois le processus législatif achevé. Pour une entité supervisée, ce calendrier conditionnel ne justifie pas d’attendre : l’analyse d’adéquation, la modélisation des scénarios et la cartographie des contrôles peuvent se faire dès aujourd’hui avec ce qui est publié. Si vous voulez voir comment cela s’articule avec votre agrément, commencez par l’agrément d’établissement de paiement ou par celui de monnaie électronique.
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