Euro numérique

Ce n’est ni une cryptomonnaie ni un projet privé : ce serait de la monnaie de banque centrale sous forme numérique, engagement direct de l’Eurosystème, distribuée par les banques et les prestataires de services de paiement. La BCE prépare un projet pilote au second semestre 2027 et une éventuelle première émission en 2029.

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Proposition de règlement
COM(2023) 369
Cours légal
Art. 7
Plafonds de détention
Art. 16
Plafonnement des commissions d’interchange
Art. 17

Qu’est-ce que l’euro numérique

De la monnaie de banque centrale, sous forme numérique, pour payer dans toute la zone euro.

L’euro numérique serait, selon les termes de la Banque centrale européenne elle-même, une forme numérique d’espèces. La définition paraît simple, mais elle renferme la clé juridique de tout le projet : ce serait un engagement direct de l’Eurosystème — la BCE et les banques centrales nationales —, comme le sont aujourd’hui les billets. Lorsque vous avez un solde sur votre compte bancaire, votre créance porte sur votre banque ; si la banque fait faillite, le fonds de garantie entre en jeu. Lorsque vous avez un billet en poche, votre créance porte sur la banque centrale. L’euro numérique transposerait cette seconde relation dans l’environnement numérique.

Presque toutes les autres caractéristiques en découlent. Le fait qu’il s’agisse de monnaie de banque centrale explique pourquoi la BCE insiste sur la sécurité des soldes pour préserver la confiance ; il explique pourquoi la proposition de règlement lui confère le cours légal, avec l’obligation d’acceptation que cela implique ; et il explique pourquoi l’Eurosystème ne facturera pas de frais pour le dispositif ni pour le traitement, contrairement à toute solution privée.

La deuxième idée à retenir est que l’euro numérique ne remplacerait pas les espèces. La BCE le répète dans tous ses documents : il serait un complément, non un substitut, et les deux coexisteraient en préservant la liberté de choix. Qui veut continuer à payer avec des billets pourra le faire. La proposition de règlement maintient en parallèle le régime des espèces, et en Espagne coexistent en outre des règles propres, comme la limite des paiements en espèces.

La troisième idée est que l’euro numérique ne serait pas distribué directement par la banque centrale. Les citoyens n’ouvriraient pas de compte à la BCE. La distribution reviendrait aux prestataires de services de paiement supervisés — les banques en premier lieu —, qui conserveraient la relation avec le client, appliqueraient les mesures de vigilance et fourniraient le service. La banque centrale émet ; le secteur privé distribue. Cette répartition fait du projet, pour un établissement de paiement ou un établissement de monnaie électronique, un sujet d’affaires et non une simple curiosité monétaire.

Ce que l’euro numérique n’est pas

Quatre confusions fréquentes à dissiper avant d’aller plus loin.

L’euro numérique face à d’autres instruments
Type d’entitéQui est responsableDifférence avec l’euro numérique
Euro numériqueL’Eurosystème (BCE et banques centrales nationales)C’est la référence de ce tableau : monnaie de banque centrale, avec cours légal prévu par la proposition de règlement et distribution par l’intermédiaire de prestataires de services de paiement.
Solde sur compte bancaireL’établissement de créditC’est de la monnaie de banque commerciale. La créance du client porte sur sa banque et est couverte, dans certaines limites, par le fonds de garantie des dépôts.
Jeton de monnaie électronique (EMT) au sens de MiCAL’émetteur privé agrééC’est un crypto-actif régi par le règlement (UE) 2023/1114 qui référence la valeur d’une monnaie officielle, mais ce n’est ni de la monnaie de banque centrale ni une monnaie ayant cours légal.
Crypto-actif non référencéEn règle générale, personneIl ne représente pas une créance sur un émetteur identifié, sa valeur n’est pas adossée à une monnaie officielle et il n’a pas cours légal.
Monnaie électronique classiqueL’établissement de monnaie électroniqueValeur monétaire stockée représentant une créance sur l’émetteur privé, soumise à la protection des fonds. Ce n’est pas non plus de la monnaie de banque centrale.

La comparaison est faite à titre pédagogique. Le régime de l’euro numérique résultera du règlement qui sera finalement adopté.

Où en est le projet

Il n’est ni imminent ni une hypothèse lointaine. Il a un calendrier public et des conditions explicites.

Étapes publiées du projet d’euro numérique
DateÉtapeCe que cela signifie
Juin 2023La Commission présente le COM(2023) 369La proposition de règlement relatif à l’établissement de l’euro numérique entre dans la procédure législative ordinaire.
Novembre 2023 – octobre 2025Phase de préparationL’Eurosystème élabore le projet de recueil de règles, sélectionne des prestataires et teste la plateforme d’innovation avec plus de soixante-dix participants.
30 octobre 2025L’Eurosystème passe à la phase suivanteLe Conseil des gouverneurs décide de passer à la phase suivante du projet.
24 avril 2026Accords de normalisationLa BCE signe des accords avec l’European Cards Stakeholders Group, nexo standards et le Berlin Group afin de réutiliser des normes techniques ouvertes européennes.
Avant fin 2026Adoption du règlementCondition pour le reste du calendrier : les colégislateurs doivent adopter le règlement sur l’euro numérique.
Second semestre 2027Projet pilote de douze moisExercice pilote prévu, d’une durée de douze mois.
2029Éventuelle première émissionPremière émission prévue, sous réserve de la réalisation des étapes précédentes.

Données publiées par la Banque centrale européenne. La BCE souligne elle-même que la décision d’émettre ou non l’euro numérique ne sera envisagée qu’une fois le processus législatif européen achevé.

La bonne lecture de ce calendrier est conditionnelle, et il vaut mieux ne pas le lire autrement. La BCE n’a pas décidé d’émettre l’euro numérique : elle a décidé de se tenir prête à le faire si les colégislateurs adoptent le règlement. Chaque étape dépend de la précédente, et la toute première — l’adoption de la norme — est entre les mains du Parlement européen et du Conseil, non de la banque centrale.

Pour une entité supervisée, cela a une conséquence pratique très concrète : le moment de décider de l’architecture produit n’est ni 2029, ni même 2027. Si le pilote démarre au second semestre 2027, les entités qui y participeront auront dû prendre des décisions en matière de systèmes, de contrats et de conformité bien avant. Et si l’adoption du règlement intervient dans le délai prévu, le calendrier de mise en œuvre sera comprimé. La préparation raisonnable aujourd’hui ne consiste pas à construire quoi que ce soit, mais à savoir ce que vous devriez construire et combien cela vous coûterait.

Ce que prévoit la proposition de règlement

Les articles qui conditionnent le plus une entité supervisée, dans le texte tel que proposé par la Commission.

Articles clés de la proposition de règlement sur l’euro numérique
ArticleMatièreContenu proposé
Art. 7Cours légalConfère le cours légal à l’euro numérique, avec des exceptions à l’obligation d’acceptation : microentreprises, organismes à but non lucratif et personnes physiques agissant dans le cadre d’une activité exclusivement personnelle ou domestique.
Art. 13DistributionPermet à tous les prestataires de services de paiement de distribuer l’euro numérique.
Art. 14Accès universelOblige les établissements de crédit à fournir les services de base en euro numérique et prévoit que les États membres désignent des entités publiques pour garantir l’accès.
Art. 16Plafonds et rémunérationHabilite la BCE à fixer des plafonds de détention et prévoit que l’euro numérique ne produira pas d’intérêts.
Art. 17CommissionsPlafonne les commissions d’interchange au plus faible de deux montants : les coûts supportés majorés d’une marge raisonnable, ou les commissions de moyens de paiement comparables.
Art. 35Protection des donnéesExige la pseudonymisation et le chiffrement des données traitées dans le cadre de l’euro numérique.
Art. 37Mode hors lignePrévoit que ni la BCE ni les banques centrales nationales ne puissent attribuer les données des opérations hors ligne à un utilisateur identifié.

Numérotation et contenu de la proposition de la Commission, COM(2023) 369 final. Le texte définitif peut différer : la procédure législative n’est pas achevée.

Qui le distribue et comment il est rémunéré

Là se trouvent l’opportunité commerciale, mais aussi l’obligation.

Le modèle de distribution est le point où l’euro numérique cesse d’être un débat monétaire pour devenir un sujet opérationnel pour tout établissement de paiement. La proposition distingue deux plans. Dans le premier, l’article 13 habilite tous les prestataires de services de paiement à distribuer l’euro numérique : c’est une faculté, ouverte à l’ensemble du secteur. Dans le second, l’article 14 transforme cette faculté en obligation pour les établissements de crédit, qui devraient fournir les services de base, et prévoit que les États membres désignent des entités publiques pour garantir l’accès de ceux qui ne sont pas clients d’une banque.

La distinction est très importante. Pour une banque, l’euro numérique serait un service à fournir. Pour un établissement de paiement ou un établissement de monnaie électronique, ce serait une opportunité commerciale que l’on peut saisir ou laisser, et donc une décision d’affaires qui exige de chiffrer le coût d’entrée et le retour sur investissement. Concevoir le projet sous l’angle de l’obligation ou sous celui de l’opportunité n’est pas la même chose, et l’architecture de conformité n’est pas non plus identique.

Quant à la rémunération, la BCE a été explicite sur deux points. Le premier : l’Eurosystème n’appliquera pas de frais pour le dispositif ni pour le traitement, de sorte que le coût d’infrastructure de la banque centrale n’est pas répercuté sur le distributeur. Le second : le modèle prévu par le règlement proposé prévoit une compensation adéquate pour les banques qui fournissent le service. Et l’article 17 plafonne les commissions d’interchange, qui ne pourraient pas dépasser le plus faible de deux montants : les coûts supportés majorés d’une marge raisonnable, ou les commissions de moyens de paiement comparables. Le résultat est un modèle économique encadré par la norme, non négocié librement entre les parties.

La conséquence stratégique est claire. Si la marge unitaire est limitée par la loi, l’activité de distribution de l’euro numérique dépendra du volume et de l’efficacité opérationnelle, non du prix. Celui qui arrivera tard et avec des coûts élevés trouvera difficilement sa place. C’est pourquoi les accords de normalisation de la BCE d’avril 2026 — avec l’European Cards Stakeholders Group, nexo standards et le Berlin Group — sont plus importants qu’il n’y paraît : réutiliser des normes ouvertes déjà existantes réduit le coût d’intégration pour tous.

Plafonds de détention et rémunération

Le sujet le plus débattu du projet, et celui sur lequel il y a le moins de chiffres publiés.

L’article 16 de la proposition habilite la Banque centrale européenne à fixer des plafonds de détention d’euro numérique et prévoit que l’euro numérique ne produira pas d’intérêts. Ce sont deux décisions délibérées et liées, et la logique derrière les deux est la même : éviter que l’euro numérique fonctionne comme un instrument d’épargne qui siphonnerait les dépôts du système bancaire.

Un moyen de paiement qui ne rapporte pas d’intérêts et qui est soumis à un plafond de solde est, par conception, un moyen de paiement et non un dépôt alternatif. Si l’euro numérique rapportait des intérêts et n’avait pas de plafond, en cas de tension financière l’incitation à transférer des soldes des banques commerciales vers la banque centrale serait considérable, avec le risque d’amplifier précisément ce que l’on veut éviter. Le plafond de détention est, pour l’essentiel, un pare-feu.

Cela dit, il faut être précis sur ce qui est publié et ce qui ne l’est pas. La Banque centrale européenne n’a pas publié de chiffre de plafond de détention. Des estimations circulent dans le débat public et dans des rapports de tiers, mais ni la foire aux questions de la BCE ni ses pages de suivi du projet ne précisent de montant. Tout chiffre présenté aujourd’hui comme officiel ne l’est pas. Ce qui est bien fixé dans la proposition, c’est l’habilitation à le fixer et le principe de l’absence de rémunération.

Pour une entité qui évalue sa position, l’absence de chiffre n’est pas un obstacle : c’est un paramètre. La bonne analyse consiste à modéliser l’impact sur votre base de clients selon différents scénarios de plafond, et non à attendre qu’un chiffre soit publié. Si le résultat change radicalement d’un scénario à l’autre, le projet est sensible au paramètre et mérite d’être suivi de près ; s’il ne change pas, vous pouvez décider sans attendre.

Confidentialité, mode hors ligne et ce que voit l’Eurosystème

Ni anonymat total ni surveillance totale. La proposition construit deux niveaux distincts.

Régime de confidentialité selon la modalité
ModalitéQui connaît les données personnellesFondement dans la proposition
Hors ligneConfidentialité similaire à celle des espèces : seuls le payeur et le bénéficiaire connaîtraient les données personnelles de l’opération.Art. 37 : ni la BCE ni les banques centrales nationales ne pourraient attribuer les données des opérations hors ligne à un utilisateur identifié.
En ligneL’Eurosystème ne pourrait pas identifier les utilisateurs qui effectuent ou reçoivent des paiements ; le prestataire de services de paiement, lui, connaît son client.Art. 35 : pseudonymisation et chiffrement des données traitées.

Dans les deux modalités s’appliqueraient des contrôles de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

L’euro numérique et la lutte contre le blanchiment

C’est ici que le projet croise le travail quotidien de toute entité assujettie.

Il faut lever d’emblée l’équivoque : l’euro numérique ne serait pas anonyme. La BCE est explicite : les deux modalités — en ligne et hors ligne — intégreraient des contrôles de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Ce qui change de l’une à l’autre n’est pas l’existence de contrôles, mais qui voit quoi et à quel moment.

En mode en ligne, le prestataire de services de paiement conserve la relation d’affaires avec son client et, par conséquent, l’ensemble des mesures de vigilance : identification formelle, bénéficiaire effectif, objet de la relation et suivi continu. Rien de cela ne disparaît du fait que l’instrument soit de la monnaie de banque centrale. La différence pertinente est que l’Eurosystème, par conception, ne pourrait pas identifier les utilisateurs qui effectuent ou reçoivent les paiements : la couche de connaissance du client reste chez l’intermédiaire, exactement là où elle se trouve aujourd’hui.

En mode hors ligne, la conception est plus exigeante du point de vue de la conformité, précisément parce que la confidentialité est plus forte. Si seuls le payeur et le bénéficiaire connaissent les données de l’opération, les contrôles ne peuvent pas s’appuyer avec la même intensité sur l’analyse transactionnelle a posteriori. La réponse naturelle — et celle que l’on peut attendre du développement normatif — passe par des plafonds chiffrés et par des contrôles lors du chargement et du déchargement des soldes, plutôt que par le suivi de chaque paiement. C’est une logique connue : c’est la même que celle appliquée à la limite des paiements en espèces et aux produits de monnaie électronique à risque réduit.

Pour une entité supervisée, la préparation raisonnable ne consiste pas à attendre le texte définitif. Elle consiste à identifier quels éléments de votre dispositif actuel de lutte contre le blanchiment devraient être étendus à un nouvel instrument : le profil de risque du client, les règles de détection des opérations inhabituelles, les seuils de déclaration au SEPBLAC et la documentation du manuel LCB-FT. Si ces éléments sont bien construits aujourd’hui, absorber l’euro numérique sera une extension. Sinon, ce sera un projet.

Se préparer sans rien construire pour l’instant

Le règlement n’est pas adopté. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien à faire : cela veut dire que ce qu’il faut faire relève de l’analyse, non du développement.

01 · Adéquation

Quelle obligation vous concerne

« Établissement de crédit, établissement de paiement, établissement de monnaie électronique ou prestataire de services sur crypto-actifs. La proposition ne les traite pas tous de la même façon : pour certains elle est une obligation, pour d’autres une faculté. »

02 · Scénarios

Modélisez le plafond de détention

« Aucun chiffre n’est publié. Nous travaillons par scénarios sur votre base de clients pour savoir si votre projet est sensible au paramètre ou si vous pouvez décider sans attendre. »

03 · Conformité

Ce qu’il faudrait étendre

« Mesures de vigilance, détection des opérations inhabituelles, seuils et déclaration. Nous identifions quels éléments du dispositif actuel absorberaient le nouvel instrument et lesquels ne le feraient pas. »

04 · Suivi

Et ne pas perdre de vue la procédure

« Le calendrier de la BCE est subordonné à l’adoption du règlement. Nous suivons la procédure et vous prévenons de ce qui change et de la décision que cela exige. »

Les effets à anticiper

Ce ne sont pas des risques de conformité au sens strict : ce sont des effets économiques aux conséquences juridiques.

L’obligation n’est pas la même pour tous. La proposition impose aux établissements de crédit la fourniture des services de base, alors que pour les autres prestataires de services de paiement la distribution est une faculté. Savoir dans quel groupe vous vous trouvez est le point de départ.

La marge est encadrée par la norme. L’article 17 plafonne les commissions d’interchange au plus faible de deux montants. Un modèle économique construit sur un prix supérieur ne serait pas viable.

Le plafond de détention conditionne le produit. Aucun chiffre n’est publié, mais l’habilitation existe. Une conception qui ne supporte pas différents scénarios de plafond est une conception fragile.

Le mode hors ligne oblige à repenser les contrôles. Si le suivi transactionnel a posteriori perd en portée, le poids repose sur les moments de chargement et de déchargement des soldes.

Et le calendrier est conditionnel, mais court. Si le règlement est adopté dans le délai prévu et que le pilote démarre au second semestre 2027, la marge de préparation se compte en mois.

Chiffres et dates publiés
VariableDonnée publiéeSource
Projet piloteSecond semestre 2027, d’une durée de douze moisBCE
Première émission possible2029BCE
Condition préalableAdoption du règlement avant fin 2026BCE
RémunérationNe produira pas d’intérêtsArt. 16 COM(2023) 369
Plafond de détentionHabilitation de la BCE ; aucun chiffre publiéArt. 16 COM(2023) 369
Frais de l’EurosystèmeAucun pour le dispositif ni pour le traitementBCE
Plafonnement des commissions d’interchangeLe plus faible entre les coûts majorés d’une marge raisonnable et les commissions comparablesArt. 17 COM(2023) 369

Que signifie l’euro numérique pour votre entité ?

Nous analysons quelles obligations vous concerneraient, ce que vous devriez étendre dans votre dispositif actuel et selon quel calendrier. Sans frais et sans engagement.

Questions fréquentes sur l’euro numérique

Qu’est-ce que l’euro numérique ?
Ce serait une forme numérique d’espèces émise par l’Eurosystème : de la monnaie de banque centrale sous forme numérique, engagement direct de la Banque centrale européenne et des banques centrales nationales. La proposition de règlement COM(2023) 369 lui confère le cours légal et prévoit qu’il soit distribué par l’intermédiaire des prestataires de services de paiement supervisés.
L’euro numérique va-t-il remplacer les espèces ?
Non. La Banque centrale européenne est explicite : il serait un complément des espèces, non un substitut. Les deux coexisteraient, en préservant la liberté des citoyens de choisir entre payer en espèces ou en euro numérique.
L’euro numérique est-il une cryptomonnaie ?
Non. Un crypto-actif ne représente pas, en règle générale, une créance sur un émetteur identifié et n’a pas cours légal. L’euro numérique serait un engagement direct de l’Eurosystème. Ce n’est pas non plus un jeton de monnaie électronique au sens de MiCA : ceux-ci sont émis par des entités privées agréées et référencent la valeur d’une monnaie officielle, mais ne sont pas de la monnaie de banque centrale.
Quand l’euro numérique sera-t-il disponible ?
La Banque centrale européenne prévoit un exercice pilote au second semestre 2027, d’une durée de douze mois, et une éventuelle première émission en 2029. Le tout est subordonné à l’adoption par les colégislateurs de l’Union du règlement sur l’euro numérique avant fin 2026. La BCE souligne elle-même que la décision d’émettre ou non ne sera envisagée qu’une fois le processus législatif achevé.
Y aura-t-il un plafond de détention ? De combien ?
L’article 16 de la proposition habilite la Banque centrale européenne à fixer des plafonds de détention. La BCE n’a publié aucun chiffre précis : ni sa foire aux questions ni ses pages de suivi du projet ne précisent de montant. Tout chiffre qui circule aujourd’hui comme officiel ne l’est pas.
L’euro numérique rapportera-t-il des intérêts ?
Non. L’article 16 de la proposition prévoit que l’euro numérique ne produira pas d’intérêts. Avec le plafond de détention, c’est l’une des deux décisions de conception destinées à éviter qu’il fonctionne comme un instrument d’épargne et siphonne les dépôts du système bancaire.
Qui distribuerait l’euro numérique ?
Les prestataires de services de paiement supervisés, en commençant par les banques. L’article 13 de la proposition habilite tous les prestataires de services de paiement à le distribuer, et l’article 14 oblige les établissements de crédit à fournir les services de base, tout en prévoyant que les États membres désignent des entités publiques pour garantir l’accès.
Un établissement de paiement est-il obligé de distribuer l’euro numérique ?
Selon la proposition, non. L’obligation de fournir les services de base pèse sur les établissements de crédit. Pour les autres prestataires de services de paiement, la distribution est une faculté, et donc une décision d’affaires. Le texte définitif peut varier : la procédure législative n’est pas achevée.
Comment les distributeurs seraient-ils rémunérés ?
L’Eurosystème n’appliquera pas de frais pour le dispositif ni pour le traitement, et le modèle prévu par le règlement proposé prévoit une compensation adéquate pour les banques qui fournissent le service. L’article 17 plafonne les commissions d’interchange au plus faible de deux montants : les coûts supportés majorés d’une marge raisonnable, ou les commissions de moyens de paiement comparables.
L’euro numérique sera-t-il anonyme ?
Non. Les deux modalités intégreraient des contrôles de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. En mode hors ligne, la confidentialité serait similaire à celle des espèces — seuls le payeur et le bénéficiaire connaîtraient les données personnelles de l’opération —, et en mode en ligne l’Eurosystème ne pourrait pas identifier les utilisateurs qui effectuent ou reçoivent des paiements, alors que le prestataire de services de paiement connaît son client.
Quelles obligations de lutte contre le blanchiment cela entraînerait-il ?
Celles de toute relation d’affaires avec une entité assujettie : identification formelle, bénéficiaire effectif, objet de la relation, suivi continu et déclaration des opérations suspectes. La particularité tient au mode hors ligne, où la portée moindre du suivi transactionnel déplace le poids des contrôles vers les moments de chargement et de déchargement des soldes.
Qu’en est-il de la protection des données ?
L’article 35 de la proposition exige la pseudonymisation et le chiffrement des données traitées, et l’article 37 prévoit que ni la Banque centrale européenne ni les banques centrales nationales ne puissent attribuer les données des opérations hors ligne à un utilisateur identifié. Pour une entité distributrice, cela se traduit par la mise à jour du registre des activités de traitement et, le cas échéant, de l’analyse d’impact.
Que devrait déjà faire une entité supervisée ?
Trois choses, dont aucune ne relève du développement. Déterminer quel régime lui serait applicable selon son type d’agrément ; modéliser l’impact sur sa base de clients selon différents scénarios de plafond de détention ; et identifier quels éléments de son dispositif actuel de lutte contre le blanchiment pourraient être étendus au nouvel instrument et lesquels ne le pourraient pas.

Comment se préparer à l’euro numérique

Dix étapes d’analyse. Aucune n’exige d’écrire la moindre ligne de code pour l’instant.

Adéquation

D’abord, quel régime vous concerne

La proposition oblige les établissements de crédit et habilite les autres. Savoir dans quel groupe vous vous trouvez change complètement la nature du projet.

Scénarios

Ensuite, modélisez sans chiffre officiel

Aucun plafond de détention n’est publié. Travaillez par scénarios et vérifiez si votre projet est sensible au paramètre.

Extension

Et examinez votre dispositif de lutte contre le blanchiment actuel

Si les mesures de vigilance, la détection et la déclaration sont bien construites, l’euro numérique sera une extension. Sinon, ce sera un projet.

Liste de contrôle de la préparation

  1. Déterminer le type d’agrément et le régime applicable selon la proposition.
  2. Évaluer si la distribution est une obligation ou une décision d’affaires dans votre cas.
  3. Modéliser l’impact sur la base de clients selon plusieurs scénarios de plafond de détention.
  4. Chiffrer le coût d’intégration en tenant compte des normes ouvertes déjà adoptées.
  5. Confronter le modèle économique au plafond de l’article 17 sur les commissions d’interchange.
  6. Cartographier les contrôles de lutte contre le blanchiment qui seraient étendus au nouvel instrument.
  7. Concevoir le traitement spécifique du mode hors ligne : chargement, déchargement et seuils.
  8. Mettre à jour le registre des activités de traitement et évaluer l’analyse d’impact.
  9. Réviser les conditions générales et l’information précontractuelle face à un moyen ayant cours légal.
  10. Mettre en place le suivi de la procédure législative et des publications de la BCE.

L’erreur la plus coûteuse serait d’attendre le texte définitif pour commencer à réfléchir. L’analyse peut se faire dès aujourd’hui avec ce qui est publié ; le développement, lorsque la norme existera.

En mode opérationnel

L’impact vu de l’intérieur

Cinq chantiers qu’une entité devrait traiter si elle décide de distribuer l’euro numérique.

La marge a un plafondÉconomie

La marge a un plafond

Les commissions d’interchange ne pourraient pas dépasser le plus faible de deux montants. L’activité dépend du volume et de l’efficacité, non du prix.

Deux modalités, deux conceptions du contrôleLCB-FT

Deux modalités, deux conceptions du contrôle

Le mode en ligne et le mode hors ligne n’admettent pas le même dispositif de surveillance. Le second déplace le poids vers le chargement et le déchargement des soldes.

Les étapes qui conditionnent toutCalendrier

Les étapes qui conditionnent tout

Chaque phase dépend de la précédente, et la première est entre les mains du législateur européen.

Fin 2026

Condition préalable : adoption du règlement sur l’euro numérique par les colégislateurs de l’Union.

2e semestre 2027

Exercice pilote prévu, d’une durée de douze mois.

2029

Éventuelle première émission, si les étapes précédentes sont réalisées.

Pseudonymisation, chiffrement et mode hors ligneDonnées

Pseudonymisation, chiffrement et mode hors ligne

La proposition limite expressément ce que l’Eurosystème peut voir. Il faut le traduire dans le registre des traitements et dans l’analyse d’impact.

Contrôles

Ce qu’une entité distributrice devrait pouvoir justifier

Contrôle
Ce qui est attendu
Preuve

Détermination du régime applicable

Analyse documentée établissant si la distribution est une obligation ou une faculté selon le type d’agrément.

Note juridique d’adéquation et décision de l’organe d’administration.

Mesures de vigilance à l’égard de l’utilisateur

Identification formelle, bénéficiaire effectif, objet de la relation et suivi continu.

Dossier client et traçabilité des vérifications.

Contrôles du mode hors ligne

Seuils et contrôles lors du chargement et du déchargement des soldes, cohérents avec la portée moindre du suivi.

Procédure spécifique et paramètres du système.

Détection des opérations inhabituelles

Règles de détection adaptées au nouvel instrument et à ses plafonds de détention.

Catalogue d’alertes, calibrage et registre des analyses.

Modèle économique

Confrontation de la tarification au plafond de l’article 17 sur les commissions d’interchange.

Étude économique du produit et sa révision périodique.

Protection des données

Registre des activités de traitement mis à jour et, le cas échéant, analyse d’impact.

Registre des traitements, analyse d’impact (AIPD) et analyse des transferts.

Information du client

Conditions générales et information précontractuelle adaptées à un moyen ayant cours légal.

Documentation contractuelle et preuve de remise.

L’angle mort le plus fréquent

Traiter l’euro numérique comme un projet technologique. Les décisions qui conditionnent le résultat sont juridiques et économiques : quel régime vous concerne, combien vous pouvez facturer et quels contrôles vous devriez étendre. La technologie vient ensuite et, grâce aux normes ouvertes déjà adoptées, elle sera moins coûteuse qu’il n’y paraît.

  • Pas d’analyse établissant si la distribution est une obligation ou une faculté
  • Modèle économique non confronté au plafond des commissions
  • Contrôles du mode hors ligne non différenciés
  • Registre des traitements non mis à jour
  • Conditions générales non adaptées à un moyen ayant cours légal
  • Pas de suivi formel de la procédure législative
Dictionnaire opérationnel

Concepts clés de l’euro numérique

Termes figurant dans la proposition de règlement et dans les documents de la BCE.

CBDCBase

Monnaie numérique de banque centrale

Monnaie émise par une banque centrale sous forme numérique. L’euro numérique serait la version de l’Eurosystème pour la zone euro.

Central Bank Digital Currency.
Engagement directNature

Engagement de l’Eurosystème

La créance du détenteur porte sur la banque centrale, et non sur une entité privée. C’est ce qui distingue l’euro numérique d’un solde bancaire.

Comme les billets.
Cours légalAcceptation

Obligation d’acceptation

La proposition confère le cours légal à l’euro numérique, avec des exceptions pour les microentreprises, les organismes à but non lucratif et les activités exclusivement personnelles ou domestiques.

Art. 7 COM(2023) 369.
Plafond de détentionPlafond

Solde maximal par utilisateur

La proposition habilite la BCE à le fixer. Aucun chiffre n’est publié. Sa fonction est d’éviter que l’euro numérique siphonne les dépôts bancaires.

Art. 16 COM(2023) 369.
Hors ligneModalité

Paiement sans connexion

Modalité dont la confidentialité est similaire à celle des espèces : seuls le payeur et le bénéficiaire connaîtraient les données personnelles de l’opération.

Art. 37 COM(2023) 369.
RulebookDispositif

Recueil de règles

Ensemble de règles communes du dispositif de l’euro numérique, élaboré sous forme de projet durant la phase de préparation du projet.

Travaux de l’Eurosystème.
Commission d’interchangePrix

Interchange fee

Rémunération entre prestataires de services de paiement. La proposition la plafonne au plus faible de deux montants : coûts majorés d’une marge raisonnable ou commissions comparables.

Art. 17 COM(2023) 369.
EMTFrontière

Fiche de monnaie électronique

Crypto-actif au sens de MiCA qui référence une monnaie officielle. Émis par des entités privées : ce n’est ni de la monnaie de banque centrale ni une monnaie ayant cours légal.

PSPDistribution

Prestataire de services de paiement

Entité supervisée qui distribuerait l’euro numérique et conserverait la relation avec le client, y compris les mesures de vigilance.

Art. 13 et 14 COM(2023) 369.

COMPLIANCE CONTROL CENTER · EURO NUMÉRIQUE

Matrice d’impact : ce que cela supposerait pour votre entité

Croisez votre type d’agrément avec l’axe de travail. La case indique l’intensité de l’impact prévisible selon la proposition de règlement.

Matrice d’impact par type d’entité

Vert : impact faible. Rouge : impact élevé et obligatoire.

Entité \ Axe
Distribution
LCB-FT
Systèmes
Établissement de crédit
Obligatoireservices de base
Élevéextension complète
Élevéintégration du dispositif
Établissement de paiement
Facultatifdécision d’affaires
Élevéen cas de distribution
Moyennormes ouvertes
Établissement de monnaie électronique
Facultatifdécision d’affaires
Élevéen cas de distribution
Moyennormes ouvertes
Prestataire de services sur crypto-actifs
Non prévuhors art. 13
Moyenfrontière avec les EMT
Faiblesans intégration directe

Six idées fausses sur l’euro numérique

On les retrouve dans la presse, dans les forums du secteur et dans les comités de direction.

« C’est une cryptomonnaie de la BCE »

Non. Un crypto-actif ne représente pas une créance sur un émetteur identifié et n’a pas cours légal. L’euro numérique serait un engagement direct de l’Eurosystème, comme les billets.

« Il va supprimer les espèces »

La BCE affirme expressément le contraire : il serait un complément des espèces, non un substitut, et les deux coexisteraient en préservant la liberté de choix.

« Il sera anonyme comme les espèces »

En partie seulement. Le mode hors ligne aurait une confidentialité similaire à celle des espèces, mais les deux modalités intégreraient des contrôles de lutte contre le blanchiment.

« Le plafond de détention sera de X euros »

Aucun chiffre n’est publié. L’article 16 habilite la BCE à le fixer, mais ni la foire aux questions ni les pages de suivi du projet ne précisent de montant.

« Toutes les entités seront obligées de le distribuer »

Selon la proposition, l’obligation de fournir les services de base pèse sur les établissements de crédit. Pour les autres prestataires de services de paiement, c’est une faculté.

« C’est déjà adopté »

Non. La procédure législative n’est pas achevée : la BCE subordonne elle-même son calendrier à l’adoption du règlement par les colégislateurs avant fin 2026.

D’où vient chaque donnée de cette page

Toutes les données proviennent de la Banque centrale européenne ou du texte de la proposition de la Commission. Nous indiquons le lien vers la source pour que vous puissiez vérifier.

  • Publication initiale. Calendrier, modèle de distribution et régime de confidentialité vérifiés au regard de la foire aux questions et des pages de suivi de la BCE ; articles confrontés au COM(2023) 369.

  • Révision prévue : issue de la procédure législative et, le cas échéant, texte définitif du règlement et chiffre du plafond de détention.

Réserver un appel

Dites-nous quel agrément vous détenez et quels services vous fournissez. Cela nous permet de vous dire, dès une première lecture, si l’euro numérique serait pour vous une obligation, une opportunité ou un sujet à suivre de loin.

Euro numérique : cadre réglementaire et état du projet

Pourquoi ce projet existe

Le point de départ est un constat : le paiement en espèces perd du terrain et, dans l’environnement numérique, il n’existe aujourd’hui aucun moyen de paiement qui soit de la monnaie de banque centrale. Tout ce que nous utilisons — cartes, virements, portefeuilles — est de la monnaie de banque commerciale ou d’émetteur privé, et une bonne partie de l’infrastructure qui la soutient appartient à des acteurs non européens. L’euro numérique répond à ce double problème : maintenir l’ancrage monétaire public dans l’environnement numérique et renforcer l’autonomie des paiements européens. La proposition qui l’organise est le COM(2023) 369, présenté par la Commission en juin 2023.

L’architecture juridique en quatre articles

S’il fallait réduire la proposition à ses choix structurants, il y en aurait quatre. L’article 7 confère le cours légal, avec des exceptions à l’obligation d’acceptation pour les microentreprises, les organismes à but non lucratif et les activités exclusivement personnelles ou domestiques. Les articles 13 et 14 organisent la distribution : ils habilitent tous les prestataires de services de paiement et obligent les établissements de crédit à fournir les services de base. L’article 16 habilite la BCE à fixer des plafonds de détention et écarte la rémunération. Et l’article 17 plafonne les commissions d’interchange. Presque tout ce qu’une entité doit savoir pour décider de sa position se trouve dans ces quatre articles.

L’équilibre avec le système bancaire

La combinaison du plafond de détention et de l’absence de rémunération n’est pas fortuite. Un moyen de paiement qui ne verse pas d’intérêts et dont le solde est plafonné est, par conception, un moyen de paiement et non un dépôt alternatif. Sans ces deux restrictions, en cas de tension financière, l’incitation à transférer des soldes des banques commerciales vers la banque centrale pourrait amplifier la tension elle-même. Le plafond fonctionne comme un pare-feu. Il faut insister sur le fait que la BCE n’a publié aucun chiffre : la proposition ne contient que l’habilitation.

Ce qui change pour une entité assujettie

L’euro numérique ne crée pas un régime de lutte contre le blanchiment parallèle : il s’intègre dans le régime existant. Le prestataire de services de paiement conserve la relation avec le client et, avec elle, les mesures de vigilance, l’identification du bénéficiaire effectif et l’obligation de déclarer les opérations suspectes. La particularité tient au mode hors ligne, dont la confidentialité similaire à celle des espèces réduit la portée du suivi transactionnel a posteriori et déplace le poids des contrôles vers les moments de chargement et de déchargement des soldes. C’est la même logique que celle déjà appliquée à d’autres instruments à risque limité.

Le calendrier et ce qu’il exige dès aujourd’hui

La Banque centrale européenne prévoit un exercice pilote au second semestre 2027, d’une durée de douze mois, et une éventuelle première émission en 2029, subordonnée à l’adoption du règlement par les colégislateurs avant fin 2026. La BCE souligne elle-même que la décision d’émettre ou non ne sera envisagée qu’une fois le processus législatif achevé. Pour une entité supervisée, ce calendrier conditionnel ne justifie pas d’attendre : l’analyse d’adéquation, la modélisation des scénarios et la cartographie des contrôles peuvent se faire dès aujourd’hui avec ce qui est publié. Si vous voulez voir comment cela s’articule avec votre agrément, commencez par l’agrément d’établissement de paiement ou par celui de monnaie électronique.

Euro numériqueCOM(2023) 369BCEEurosystèmeCours légalPlafond de détentionSans rémunérationPilote 2027Émission 2029Hors ligneLCB-FTMiCA

Sources officielles

Textes de référence, avec lien vers le texte officiel :

Textes et liens vérifiés en .