Dernière mise à jour : 4 août 2026
Lutte contre le blanchiment pour qui constitue, domicilie et administre des sociétés
Les prestataires de services aux sociétés et aux fiducies occupent une position singulière dans la loi 10/2010 : ils ne manient pas l’argent du client, mais ils construisent le véhicule par lequel cet argent circule. C’est pourquoi l’article 2.1.o les intègre au catalogue des entités assujetties, avec une exigence supplémentaire que d’autres secteurs n’ont pas : l’inscription au Registre du commerce à ce titre et une déclaration annuelle sur l’activité exercée. La double obligation — être inscrit et disposer d’un dispositif qui fonctionne — définit tout le travail de conformité d’un cabinet qui intervient auprès des sociétés.
Qui est prestataire de services aux sociétés
La catégorie se définit par le service fourni, et non par le diplôme de celui qui le fournit. Entrent, de manière générale, ceux qui constituent des sociétés pour le compte de tiers ; ceux qui exercent comme administrateur, secrétaire ou mandataire pour le compte d’une autre personne ; ceux qui fournissent à une société un siège social, des locaux ou une adresse ; et ceux qui interviennent dans la gestion de fiducies, de trusts et de structures analogues. Il suffit d’exercer un de ces services à titre professionnel. Cela explique la surprise habituelle : un centre d’affaires qui loue des bureaux et domicilie des dizaines d’entreprises est un prestataire de services aux sociétés, même s’il ne s’est jamais considéré comme un acteur du système financier. Il en va de même pour le professionnel qui figure comme secrétaire du conseil dans des sociétés de clients. Et pour le cabinet qui constitue trois ou quatre sociétés par mois pour des clients recommandés : le volume importe peu, ce qui est déterminant, c’est le caractère professionnel du service. Le premier travail est donc un inventaire honnête de ce qui est réellement fait, car c’est de là que découlent l’inscription, le périmètre du manuel et le modèle de dossier. Vous pouvez vérifier votre cas dans la liste des entités assujetties.
La double obligation : inscription au registre et dispositif de prévention
Le premier pilier est formel. Celui qui fournit ces services à titre professionnel doit s’inscrire au Registre du commerce à ce titre et déposer une déclaration annuelle sur l’activité exercée en tant que prestataire. C’est une formalité de périmètre : elle ne prouve pas que l’on est en conformité, elle prouve que l’on existe aux yeux du superviseur, et son absence est la première chose que l’on détecte. Le second pilier est de fond et coïncide avec celui de toute entité assujettie : politiques et procédures écrites, auto-évaluation du risque propre, mesures de vigilance graduées — simplifiées, standard ou renforcées —, identification du bénéficiaire effectif, traitement des personnes politiquement exposées, conservation des documents, déclaration par indice et obligation d’abstention le cas échéant, organe de contrôle interne, représentant auprès du SEPBLAC, formation annuelle du personnel et examen par un expert externe. Un cabinet peut avoir un premier pilier impeccable et échouer sur le second, ou inversement : les manquements sont distincts et sanctionnés séparément. Les infractions à la loi 10/2010 sont classées en légères, graves et très graves, avec des sanctions allant du blâme privé à l’amende, au blâme public et, le cas échéant, à la suspension de fonctions ; la procédure est instruite par le SEPBLAC et tranchée par l’organe compétent selon la gravité.
La frontière avec les conseils fiscaux et comptables et les avocats
Beaucoup de cabinets fournissent à la fois du conseil fiscal, des services comptables et la constitution de sociétés. Ce sont des rattachements distincts au sein du même article 2, et il ne faut pas les mélanger. Le conseil fiscal et comptable a sa propre porte d’entrée dans le périmètre, que nous traitons dans LCB-FT pour conseils fiscaux et comptables ; l’exercice de la profession d’avocat ajoute ses propres nuances sur les informations couvertes par le secret professionnel, développées dans LCB-FT pour avocats. Cette page couvre spécifiquement l’activité consistant à constituer, domicilier et administrer des sociétés pour des tiers, qui déclenche l’inscription au registre et la déclaration annuelle. La conséquence pratique est concrète : le manuel doit identifier les services que le cabinet fournit sous chaque rattachement, et le dossier client doit préciser ce qui est fourni dans chaque mandat. Si le même client reçoit du conseil fiscal et demande en plus une nouvelle société, il y a deux analyses, pas une, et seule la seconde déclenche l’inscription au registre et la déclaration annuelle. Le service juridique et commercial proprement dit est présenté dans création d’entreprise.
Risque de réputation, bénéficiaire effectif et évolution de la norme
Aucun autre secteur n’est aussi proche de l’épicentre du problème : les structures opaques sont constituées par l’intermédiaire de professionnels, et quand une société écran apparaît dans une enquête, la piste mène à celui qui l’a créée, domiciliée ou qui figurait parmi ses dirigeants. C’est pourquoi le standard exigible ne se limite pas à identifier l’associé : il faut comprendre l’objet réel de la structure et reconstituer la chaîne de contrôle jusqu’à la personne physique, de manière cohérente avec ce qui est déclaré au Registre central des bénéficiaires effectifs créé par le RD 609/2023. Le périmètre a déjà été élargi par le décret-loi royal 7/2021, qui a transposé la cinquième directive (UE) 2018/843, et le paquet AML européen — règlement (UE) 2024/1624, directive (UE) 2024/1640 et règlement (UE) 2024/1620, qui crée l’autorité AMLA — avance avec une application échelonnée et en cours de mise en œuvre, avec un traitement plus strict du bénéficiaire effectif. Pour savoir comment le documenter aujourd’hui, consultez UBO et bénéficiaire effectif et la due diligence des entreprises.
Ce contenu est fourni à titre d’information et ne constitue pas un conseil juridique. Les textes cités peuvent avoir été modifiés après la date de mise à jour indiquée : vérifiez toujours la version en vigueur ou consultez-nous pour analyser votre cas concret.
Loi 10/2010
Article 2.1.o
RD 304/2014
SEPBLAC
Registre du commerce
Bénéficiaire effectif
RD 609/2023