Dernière mise à jour : 4 août 2026
Le volet LCB-FT d’un dossier d’agrément : ce qui se dépose et comment
Presque tous les agréments financiers font du demandeur une entité assujettie à la loi 10/2010 du 28 avril et à son règlement d’application, le RD 304/2014. C’est pourquoi le superviseur n’attend pas que l’entité soit opérationnelle pour l’interroger sur la lutte contre le blanchiment : il exige le dispositif complet dans le dossier d’agrément, avec le programme d’activités, l’honorabilité des dirigeants et la justification des moyens. Cette page s’adresse au projet qui découvre cette exigence en cours de route et doit construire tout le volet sans ralentir le reste de la procédure.
Pourquoi le dispositif se dépose avant et non après
La logique du superviseur est simple : l’agrément est accordé à une entité capable de se conformer dès le premier jour d’activité. Il n’existe aucune période pendant laquelle on pourrait opérer sans critères d’acceptation des clients, sans procédures d’identification et sans responsable désigné, car le premier client peut arriver le lendemain de l’agrément. C’est pourquoi le volet LCB-FT est examiné comme une partie de l’organisation et des moyens, sur le même plan que le capital ou l’honorabilité des administrateurs. Cela a une conséquence pratique qu’il vaut mieux intégrer tôt : le dispositif de prévention n’est pas une annexe rédigée quand le reste du dossier est bouclé, mais une pièce qui conditionne les autres. Si le manuel décrit une équipe de conformité que l’organigramme ne prévoit pas, ou un canal d’entrée en relation que le programme d’activités ne mentionne pas, la demande d’informations ne porte pas sur le manuel : elle porte sur l’ensemble et oblige à refaire des documents que vous pensiez acquis.
Ce que comprend le dispositif et dans quel ordre il se construit
Le contenu varie selon le statut, mais la structure est stable : qualification d’entité assujettie dans le catalogue de l’article 2 de la loi 10/2010 ; auto-évaluation des risques de l’entité ; politique d’acceptation des clients ; procédures de vigilance simplifiée, standard et renforcée ; identification du bénéficiaire effectif ; traitement des personnes politiquement exposées ; conservation des documents ; détection, analyse et déclaration d’opérations suspectes au SEPBLAC, ainsi que déclaration systématique ; obligation d’abstention le cas échéant ; organe de contrôle interne ; représentant auprès du SEPBLAC ; formation annuelle du personnel ; et examen annuel par un expert externe. L’ordre compte autant que le contenu : on définit d’abord le périmètre et le risque, puis l’activité et la gouvernance, et on ne rédige qu’à la fin le manuel, qui n’est que la mise par écrit de tout ce qui précède. Faire l’inverse — commencer par le manuel — est exactement ce qui produit des documents qui ne décrivent personne.
Le manuel générique, et pourquoi il se repère en deux pages
Presque tous les porteurs de projet ont vu circuler un manuel LCB-FT en PDF, et la tentation de l’adapter est grande. Le problème est qu’un examinateur expérimenté l’identifie immédiatement, et pas à cause du format : à cause des incohérences internes. Des chapitres sur des produits que l’agrément demandé n’autorise pas, des références à des agences ou à un réseau d’agents dans un projet purement digital, une matrice de risque qui ne mentionne pas les marchés du plan d’affaires, des procédures dimensionnées pour un effectif qui n’existe pas, des renvois à une réglementation sectorielle étrangère. Chacun de ces signaux suscite des questions, et ces questions s’accumulent sur le reste du dossier. L’alternative n’est pas d’écrire plus de pages, mais d’écrire celles qui conviennent : un manuel proportionné à la taille réelle du projet, qui décrit ce que l’équipe peut exécuter et qui emploie le même vocabulaire que le reste de la documentation déposée. La proportionnalité, bien argumentée, se défend sans difficulté ; la copie, non.
Après l’agrément : maintenir vivant ce que vous avez déposé
Le volet LCB-FT ne s’arrête pas à l’agrément : c’est à partir de là que commence ce qui est réellement supervisé. Le manuel est mis à jour quand l’activité change, l’auto-évaluation des risques est revue, l’organe de contrôle interne se réunit et dresse procès-verbal, la formation est dispensée et attestée, les alertes sont analysées et les déclarations partent quand elles doivent partir. L’examen annuel par un expert externe produit des constats, et ces constats doivent être clôturés avec des preuves dans le cadre d’un plan de remédiation. Il convient aussi de suivre de près le paquet européen de prévention — le règlement (UE) 2024/1624, la directive (UE) 2024/1640 et le règlement (UE) 2024/1620, qui crée l’autorité AMLA —, dont l’application est échelonnée et en phase de mise en œuvre : un dispositif bien construit aujourd’hui s’adapte par petites retouches, alors qu’un dispositif improvisé pour s’en sortir devra être entièrement refait. Et si une action de supervision survient un jour, ce qui est examiné n’est pas le manuel que vous avez déposé, mais les preuves que vous avez produites au fil du temps.
Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique. La réglementation citée peut avoir été modifiée après la date de mise à jour indiquée : vérifiez toujours la version en vigueur ou consultez-nous pour analyser votre cas concret.
Loi 10/2010
RD 304/2014
Article 2
SEPBLAC
Arrêté ETD/465/2021
AMLR
Agrément